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ENTRONS AU MUSÉE !
Les conférences avec projections et rencontres ont lieu à l'URCA, Université de Reims Champagne-Ardenne - Campus des Comtes de Champagne, place du Préau à Troyes. Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.
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24/10/2026
UN REGARD SUR L'ACTUALITE ARTISTIQUE DU 4ÈME TRIMESTRE 2026
« Nous ne sommes qu’un maillon précieux d’une chaîne éternelle dont une extrémité se perd dans l’inconnaissable, tandis que l’autre reste encore à forger. »
Appliquée à la peinture, cette phrase de l’écrivain Robert Ardrey sert de fil rouge à ce « Regard » d’automne.
Zurbarán, Cezanne, Monet, l’influence des maîtres n’en finit jamais… La grande exposition Derain, au musée d’art moderne de Troyes, en sera d’ailleurs bientôt, une éclatante illustration.
« Cezanne et nous » Paris, Grand Palais.
Jusqu’au 17 janvier 2027
Comment Cezanne, d’abord rejeté et moqué pour son outrance, a-t-il acquis le statut (presqu’officiel !) de « père » de l’art moderne et de ses révolutions picturales ? C’est l’histoire de cette consécration que conte l’exposition, témoignant de l’influence considérable de l’artiste de 1880 à nos jours. Les premiers collectionneurs, dont le marchand d’art Ambroise Vollard ont certes été déterminants. Mais ce sont les artistes eux-mêmes qui ont joué (et jouent encore) un rôle fondamental dans la reconnaissance et la postérité de Cezanne (1839-1906). Pour le prouver : 174 œuvres sont présentées, dont « seulement » 69 du maître. Répartis sur toutes les salles, ses nus, portraits, natures mortes et paysages (dont la mythique montagne Sainte-Victoire) dialoguent en continu avec d’autres œuvres, 105 au total, nées de 78 autres artistes modernes et contemporains (*).
Source d’inspiration pour toutes les abstractions de la seconde moitié du XXe siècle (y compris de courants très divers), Cezanne laisse un héritage multiple, qui n’en finit pas d’évoluer. Ainsi les artistes contemporains semblent-ils davantage inspirés par les sujets, thèmes et symbolique de son œuvre, que par la forme.
*Impossible de citer la kyrielle d’artistes ici réunis. Évoquons du moins quelques Nabis (Gauguin, Bonnard, Sérusier…), fauves (Matisse, de Vlaminck, Derain…), cubistes (Braque, Picasso, Gris…). Mais aussi, Mondrian, Delaunay, et, plus près de nous, Bridget Riley, Ellsworth Kelly, Bertrand Lavier, Mark Tansey, Peter Doig…
« Gustave Fayet. Collectionneur-Créateur » Paris, Fondation Vuitton.
Jusqu’au 8 mars 2027
C’est la révélation de cette rentrée culturelle. Comment a-t-on pu oublier à ce point Gustave Fayet, personnage romanesque s’il en est ? Grand collectionneur d’art moderne (plus de 750 œuvres sont passées entre ses main), Gustave Fayet (1865-1925) ne fut pas seulement un ardent défenseur des avant-gardes de son temps. Lui-même a été un talentueux et fécond artiste tourné vers les arts décoratifs, créateur (entre autres) de très remarqués tapis.
Hériter à 34 ans d’une immense fortune familiale liée à la vigne près de Béziers, baigner dans une famille ouverte aux arts… cela aide. Mais ne suffit pas. Car tout de même, quel singulier parcours ! Gustave Fayet fut tout à la fois homme d’affaires, banquier, entrepreneur, conservateur de musée, organisateur de concerts, illustrateur de grands textes, créateur de céramiques, de vitraux, etc. Pour illustrer ce foisonnant destin, la Fondation Vuitton a réuni plus de 250 œuvres de sa collection - une performance, quand on la sait dispersée dans le monde entier. Sont également présentées 374 créations de Gustave Fayet lui-même.
Le visiteur plonge ainsi dans l’âme de ce collectionneur intuitif, toujours prêt à revendre pour acheter, et mieux affirmer ses goûts. La place accordée aux Van Gogh (10 tableaux) et aux Gauguin (78 œuvres) témoigne d’une passion constante pour ces deux artistes. De même que l’importance donnée à son ami Odilon Redon (86) dont l’œuvre flottante, liquide, a fortement influencé les réalisations de Gustave Fayet, notamment ses tapis et ses aquarelles sur buvard.
On se régalera aussi des Degas, Cezanne, Morizot, Renoir, Signac, Matisse, Bonnard, Vuillard, Toulouse-Lautrec, etc.
Ne manquons pas la conférence du 19 novembre proposée par les Amis du mAm.
"Gustave Fayet : un artiste, un mécène et un collectionneur visionnaire" par Anne-Sophie Godot, historienne d’art.
Toujours à 18 heures à l’université, place du Préau, Troyes.
https://www.amisdumamtroyes.fr/nos_actualites.c/b69385a/Gustave-Fayet-un-artiste-un-mecene-et-un-collectionneur-visionnaire-
« Eva Gonzalès, parcours d’une artiste libre » Paris, Petit Palais.
Jusqu’au 24 janvier 2027
Étoile filante de l’art, morte à 36 ans, la peintre et pastelliste Eva Gonzalès (1847-1883) n’en a pas moins laissé une œuvre d’importance. Une œuvre subtile et lumineuse, souvent rapprochée de l’Impressionnisme. Une centaine de peintures, pastels et gravures, retracent le parcours de cette artiste saluée de son temps mais, depuis, tombée dans l’oubli.
De l’Atelier pour dames de Charles Chaplin aux dernières années d’intense créativité, la douce palette d’Eva Gonzales évolue, jusqu’à se teinter de couleurs franches.
L’exposition offre un focus sur sa rencontre décisive avec Édouard Manet, dont Eva Gonzalès fut à la fois le modèle, l’unique élève et l’amie de toujours - et dont l’influence artistique fut manifeste, avant qu’elle trace son propre chemin. Oui, c’est une pépite que nous offre le Petit Palais depuis l’unique rétrospective posthume de 1885.
« Mary Cassatt, l’indépendante » Paris, musée d’Orsay.
Jusqu’au 21 janvier 2027
Toujours considérée comme une icône de l’art aux États-Unis (alors qu’elle y a très peu vécu), l’Américaine Mary Cassatt reste méconnue en France, son pays d’adoption. Elle y fut, pourtant, une figure majeure, et active, de l’Impressionnisme !
Un mouvement novateur qui, pour le coup, s’était naturellement ouvert aux femmes, avec Berthe Morizot et Marie Bracquemont.
L’exposition montre combien, des deux côtés de l’Atlantique, Mary Cassatt (1844-1926) a su imposer son indépendance en tous domaines - tant dans sa pratique artistique, qu’au sein du marché de l’art et de la société, où elle a lutté pour le droit de vote des femmes.
Il n’empêche. C’est dans la tradition picturale des maîtres anciens, européens, que Mary Cassatt a d’abord ancré son art, avant de forger son identité propre. Scènes intimes et sensibles de la vie quotidienne (mères à l ’ enfant) ; vives et audacieuses représentations de jeunes femmes en société ; lumineuses scènes d’extérieur… Près de 80 tableaux, pastels et estampes venus d’Europe et des États-Unis retracent son parcours - évoquant, au passage, sa grande complicité artistique et amicale avec Degas.
« Monet, peindre le temps » Paris, musée de l’Orangerie.
Jusqu’au 25 janvier 2027
D’Orsay au musée de l’Orangerie, il n’y a qu’un pas. On traverse la Seine pour renouer, cette fois, avec un des plus illustres impressionnistes : Claude Monet (1840-1926) largement célébré en 2026, pour le centenaire de sa mort. En écho aux immenses Nymphéas qui ornent ses salles, don de Monet à la France après l’armistice de 1918, l’Orangerie accueille plusieurs séries de l’artiste. D’autres Nymphéas (il y en eut plus de 250) mais aussi des Meules, des Peupliers au bord de l’Epte, ou des Cathédrales de Rouen… Chaque sujet est minutieusement disséqué au fil du jour, et des jours. Ainsi Monet parvient-il à « peindre le temps » en en restituant les subtiles variations.
« Histoires de paysages. De Monet à Hockney (1890-2026) » Paris, musée Marmottan Monet.
Jusqu’au 31 janvier 2027
Monet… que nous retrouvons en brillante compagnie au musée Marmottan Monet. L’exposition, d’une grande richesse, dresse l’évolution du paysage dans l’art, depuis sa consécration au XIXe siècle, jusqu’à ses réinterprétations contemporaines. Elle met Monet en résonance avec des artistes des XXe et XXIe siècle. Ici, il ne s’agit toutefois pas seulement de peindre ou photographier « d’après Monet » mais aussi « après Monet » en explorant de nouvelles approches liées aux mutations du monde : la nature qui recouvre toute trace d’histoire, guerres, camps… l’empreinte de l’homme, les paysages intérieurs, etc. Rassurons-nous, la beauté du monde continue d’inspirer… mais autrement. Témoin, la superbe série « Homage to Monet, Water Lilies » de l’américain Alex Katz, dédiée aux Nymphéas : une peinture « d’arrêts sur image », loin de la fluidité et des vibrations originelles.
« Georges Kars, un Bohémien à Paris » Paris, musée d’Art et d’histoire du Judaïsme.
Jusqu’au 14 mars 2027
Digne représentant de l’École de Paris de l’entre-deux-guerres, le peintre et dessinateur tchèque Georges Kars (1882-1945) fait partie de ces artistes juifs dont la carrière a été laminée par les tragédies du début du XXe siècle. Parti de sa Bohème natale, ce polyglotte symbolisait pourtant cette « Europe des artistes » ouverte à tous les courants artistiques. Expressionnisme, cubisme, maîtres espagnols Vélasquez et Goya… Alternant séjours en Allemagne, en France, en Espagne et en Tchécoslovaquie, Kars s’est nourri de toutes les influences - y compris celle de ses amis Suzanne Valadon, Maurice Utrillo et Juan Gris. Célébré de son vivant, exposé par la galeriste parisienne Berthe Weill, il a été rattrapé par la noirceur de l’époque : mobilisation en 14-18, exils successifs, spoliation (son œuvre, considérée comme « dégénérée » ayant été en partie pillée et détruite par les nazis). Après 3 ans de camps d’internement puis de privations extrêmes, Kars s’est suicidé en Suisse en 1945 - pays qu’il avait rejoint clandestinement en compagnie de Chana Orloff, son amie sculptrice.
« Zurbarán, 1598-1664 » Paris, musée du Louvre.
Jusqu’au 25 janvier 2027
Il a fasciné les Modernes : Degas et Mary Cassat tout autant que Manet, Cezanne, Picasso, Gris ou Morandi… Au-delà des siècles et de sa religiosité parfois austère, Francisco de Zurbarán, prodigieux coloriste, n’en finit pas de toucher au cœur par l’épure de ses compositions et son approche naturaliste. « Comment rendre visible l’invisible ? Comment représenter l’irruption du divin dans le monde terrestre ? ». Tel est le défi qui traverse son œuvre. Parmi les 65 tableaux présentés, 50 sont du maître.
« Kerry James Marshall, The Histories » Paris, musée d’Art moderne de Paris.
Jusqu’au 24 janvier 2027
L’Américain Kerry James Marshall (71 ans) nous réjouit de ses grandioses compositions colorées, pleines de détails, de poésie et de fantaisie. En donnant une place centrale aux personnes noires et à leur histoire, l’artiste démontre avec force, depuis 40 ans, leur invisibilisation dans l’art occidental. Cette absence est particulièrement criante dans les compositions où Marshall s’appuie sur certains archétypes de l’art, pour mieux les revisiter (tels certaines scènes archi-connues de Caillebotte, Seurat ou Manet, revues à sa façon).
« Remember me » Paris, Bourse de Commerce.
Jusqu’au 18 janvier 2027
Tel un gigantesque album de 700 photos parfois cultes, de 1850 à nos jours, à explorer librement, sans souci chronologique, au gré de correspondances esthétiques et formelles… Ainsi s’offre l’exposition de Pinault Collection, à l’occasion du bicentenaire de l’invention de la photographie. Les grands noms de la photo sont là : de Gustave Le Gray à Wolfgang Tillmans, de Man Ray à Richard Avedon, de Francesca Woodman à Raymond Depardon en passant par Irving Penn, Barbara Kruger et Cindy Sherman. La mémoire est convoquée à chaque instant.
Plus près dans l’AUBE :
« André Derain, l’Art est un jeu » Troyes, musée d’Art moderne.
Du 14 novembre au 7 mars 2027
Pas question de réduire André Derain à ses célèbres Port de Collioure, Hyde Park ou Big Ben qui font toujours notre bonheur et restent emblématiques de « notre » musée.
L’exposition, labellisée « d’intérêt national », révèle un artiste inclassable : un touche-à-tout nourri d’innombrables influences qui se jouent des époques et des styles. Peintre, sculpteur, modeleur, céramiste, dessinateur, illustrateur, créateur d’œuvres textile… André Derain se joue aussi des techniques et des codes, s’inspirant aussi bien des maîtres du XVIIe siècle, que des traditions médiévales ou d’arts anciens extra européens. Après les scandaleuses audaces chromatiques des débuts (les Fauves), et une incursion dans le cubisme naissant, Derain a opéré un virage radical vers le classicisme, le réalisme.
Certains ne lui ont pas pardonné d’avoir ainsi quitté les avant-gardes pour ce sombre univers de natures mortes et paysages. Pierre et Denise Lévy, eux, ont toujours suivi et soutenu leur ami. À tel point que le mAm de Troyes possède une des plus importantes collections au monde de Derain.
« Camille Claudel & Bernhard Hoetger. L’exposition de 1905. » Nogent-sur-Seine, musée Camille Claudel.
Jusqu’au 10 janvier 2027.
Cet automne, le musée Claudel a pris un petit air de galerie parisienne de début de siècle. Et pour cause, sont ici réunies, de nouveau, des sculptures de Camille Claudel et de l’Allemand Bernhard Hoetger qui, en 1905, avaient déjà été exposées conjointement, chez Eugène Blot marchand d’art et éditeur de Camille.
La Vague et La Tempête… L’Abandon et Les Adieux… 120 ans plus tard, les œuvres de l’une et de l’autre dialoguent avec la même expressivité, et un même sens du mouvement. Les affinités artistiques sont évidentes. Avec le recul toutefois, il est poignant de constater combien les trajectoires ont été opposées. Le déclin et l’internement pour Camille Claudel. À l’inverse, une carrière prolifique de sculpteur, peintre, architecte et designer pour Bernhard Hoetger, de 10 ans son cadet. Les créations rassemblées à Nogent témoignent ainsi de l’éclectisme de l’artiste allemand et des multiples influences dont il s’est nourri : art égyptien, art gothique, art moderne…
Pascale Morand
Avec l’appui de Christine Leduc (conseil éditorial), Emmanuelle Dumard (mise en pages) et Anne-Cécile Somborn (communication).
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