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NEWSLETTER DU 3ÈME TRIMESTRE 2022

21/06/2022

NEWSLETTER DU 3ÈME TRIMESTRE 2022

Avant de s’évader, flâner, regarder ou simplement rêver, je me permets ces quelques mots pour l’Ukraine, pour ses hommes, ses femmes, ses enfants, sa terre, sa culture, tous menacés. « La culture, c’est la mémoire d’un peuple, la conscience collective de la continuité historique, le mode de pensée et de vivre » Milan Kundera, né en Tchécoslovaquie d’alors, en 1929.
Aussi, c’est sans légèreté (M. Kundera toujours !) sans désinvolture qu’au bleu et jaune d’Ukraine, j’ajouterai bien d’autres couleurs illuminant nos fugues estivales. 
Et précisément :

 

« La couleur en fugue » Fondation Louis Vuitton jusqu’au 29 aout.
C’est ainsi que du sol, aux murs, aux plafonds, sous les doigts de cinq artistes internationaux, la couleur sort du cadre pour envahir avec audace, facétie, l’espace (partie d’espace !) de l’iconique bâtiment de Franck Gehry, habituellement immaculé.
Quelques pas nous mènerons de cette immersion joyeuse à l’éblouissement d’un tout autre ordre avec : Simon HANTAÏ (1922 – 2008) l’exposition du centenaire Fondation Vuitton jusqu’au 29 aout.
D’origine hongroise, en exil à Paris dès 1948, Simon Hantaï se rapprochera un court temps des surréalistes puis se découvrira pour maîtres Cézanne, Matisse (« me servir de la couleur comme moyen d’expression de mon émotion, plutôt que pour l’imitation de la nature » Matisse), et Jackson Pollock avec ses fameux « drippings ».
Il s’adonnera alors à une peinture plus gestuelle, adoptant dès 1960 « le pliage comme méthode ». Méthode qui participe de « l’effacement, le dénuement de l’être, de l’artiste » pour, disait-il encore, « rechercher le rien où commencent les choses ». C’est là une quête qui s’incrit dans une démarche spirituelle assumée, assortie d’un mode de vie monacal.
Et ce « rien » se fait lumière de rouge, de bleu, de vert, de jaune, tout étoilé de blanc par les plis, précisément, laissés en réserve : toiles pliées mais aussi plissées, nouées, ramassées… plongeant le spectateur dans la plénitude de ces éblouissements colorés.

 

De l’éblouissement à l’ivresse… toute raison gardée ! RAOUL DUFY, « l’ivresse de la couleur », Hôtel de Caumont. Aix en Provence, jusqu’au 18 septembre.
Ne pourra -t-on jamais se lasser de son trait si libre, sa palette si vive, ses échappées d’azur qui, de la fenêtre ouverte de son atelier nous portent de Normandie en Provence en Méditerranée ? Également à l’exposition, des illustrations réalisées pour romans et poèmes (Bestiaire de Guillaume Apollinaire, les Nourritures Terrestres d’André Gide…) permettent, une fois encore, d’apprécier son talent de coloriste comme la délicatesse de son trait.
Toujours à l’hôtel de Caumont, « La Fée Electricité », vaste fresque réalisée par RAOUL DUFY (aidé par son frère Jean) pour l’exposition internationale de 1937, renait ici grâce à la magie du numérique. (NB : elle est en permanence exposée au Musée d’Art Moderne de Paris… et intransportable ! 600 m² de surface et de surcroit fragile).

 

Restons en Provence, à Arles, avec l’artiste coréen LEE UFAN et sa fondation à l’hôtel de Vernon aménagée avec la complicité du très fameux architecte Tadao Ando. Artiste très minimaliste, travaillant matériaux naturels (pierre, bois…), comme industriels, Lee Ufan déclare : « la caractéristique de mon art, ce n’est pas d’imposer un point de vue, mais de proposer une rencontre. L’art contemporain s’est construit autour d’un artiste tout puissant. Mon travail entend prendre du recul, s’éloigner de l’égo, des discours. Posez-vous en face de mes œuvres avec votre cœur, vos sentiments ». La visite peut se poursuivre aux Alyscamps avec « Requiem » : 13 œuvres résonnant avec l’histoire romaine de la ville.

 

Et bien sûr à Arles, à (re)découvrir : La Fondation LUMA, avec sa riche et éclectique programmation mêlant peintures, sculptures, vidéos, sons, comme en témoigne précisément l’artiste américain Arthur JAFA. Magistral… selon les critiques !

 

Un fort souffle catalan nous ramène à Paris pour « GAUDI » (1852 – 1926) au Musée D’Orsay jusqu’au 17 juillet. A noter la sobriété de l’intitulé au regard de tant d’autres saluant l’artiste, tels : La Folie Gaudi, Le Génie Gaudi, Gaudi le Visionnaire. L’exposition tend en effet à dévoiler, au-delà du caractère « fantastique » du Parc Güell, démiurge de la Sagra Familia (La Sainte Famille), toute l’érudition, la curiosité, la folle inventivité de cet architecte, héros du « modernisme catalan » ; ainsi y est-il nommé le courant Art Nouveau qui alors traverse l’Europe. Dessins, maquettes, mobilier, révèlent à Orsay, l’intégralité et l’exigence, l’originalité de ses projets comme par exemple à la Casa Battlô ou au Palais Güell. Dans la pierre, le feu, le bois, le verre, la céramique, il conjugue « hors tout cadre » style gothique, style mudéjar, rationalisme et naturalisme. Un total engagement ! c’est ainsi qu’à la fin de sa vie, il se retire dans la crypte de la Sagrada Familia, basilique néogothique, travaillant jour et nuit à son œuvre inachevée… inachevable sans aucun doute !

 

La ligne fluide, épurée, sensuelle des sculptures d’Aristide MAILLOL (1861-1944) pourra alors se révéler un bien intéressant contrepoint. « La Quête de l’harmonie », Musée d’Orsay jusqu’au 17 juillet.

 

Après le souffle chaud catalan, rafraichissons-nous avec 2 artistes finlandais Albert EDELFELT (1854-1905) au Petit Palais, jusqu’au 10 juillet, et Akseli GALLEN KALLELA (1865-1931) au Musée Jacquemart-André jusqu’au 25 juillet. 2 expositions qui résonnent étrangement avec l’actualité car leurs œuvres s’inscrivent à une époque où leur pays, sous domination de l’Empire Russe, tend à s’émanciper ; avant d’acquérir son indépendance à la faveur de la révolution bolchévique de 1917. Ces deux artistes accompagneront ce mouvement nationaliste, célébrant l’identité de leur pays tant dans sa nature, sa splendide lumière, sa vie simple et rude, ses mythes tout en se nourrissant de culture européenne, telles les œuvres de Gauguin (1848-1903) ou Munch, norvégien (1863-1944), leurs contemporains. Alors qu’Albert EDELFERT mènera parallèlement à cette veine naturaliste, une carrière de portraitiste mondain (portrait du Tsar Nicolas II, de Louis Pasteur…) Akseli GALLEN KALLELA apparaitra plus radical : une vie ascétique au cœur de la forêt, profonde, une veine plus symboliste, voire mystique, avec de purs paysages, écrins parfois à de mythiques créatures finlandaises.
Et le Petit Palais de nous entrainer, par ailleurs, dans un vibrant tourbillon avec l’exposition « BOLDINI (1842-1931), Les plaisirs et les jours », jusqu’au 24 juillet. A contre-courant des avant-gardes de l’époque, Giovanni BOLDONI ressuscite là, le Paris de la Belle Epoque. Un Paris mondain, de comtesses, baronnes, riches héritières… un Paris brillant, scintillant, de strass, de soies, de velours plissés, froissés, dévoilant, audace, une jambe, une épaule, un cou profond ! N’était-il pas surnommé « Le Déshabilleur ». Face à ces audacieuses poses, Robert de Montesquiou, homme de lettres, poète, critique d’art et dandy à l’extrême raffinement (des gants crèmes, au col cassé blanc, lavallière noire…) semble dans son portrait poser un regard quelque peu hautain, arrogant, insolent peut-être.

 

Passons au jardin, avec la réouverture du Musée – Jardin ALBERT KHAN, à Boulogne Billancourt. Banquier, grand voyageur, philanthrope, Albert Khan (1860-1940) eut le désir fou de « recenser » le monde pour mieux le comprendre, s’en émerveiller et au-delà encourager la paix : idéal humaniste fauché par sa ruine lors du krach de 1929. Aujourd’hui, après 7 ans de travaux menés par l’architecte japonais Kengo Kuma (le Japon : passion première d’A. Khan), tout est à (re)découvrir : des jardins (du Japon à la forêt vosgienne, dont il est originaire), véritable conservatoire botanique à ces merveilleuses « archives » de la planète en images. Parmi ces images on retiendra les 72.000 plaques autochromes, la plus grande collection au monde, signatures de ce fond unique (NB : il s’agit là du premier procédé industriel de photos en couleurs, inventé en1903 par les frères Lumière).

 

Poursuivons au jardin, à Giverny, avec son maitre, enchanteur à jamais, et poussons jusqu’au Musée des Impressionnismes, où nous retient un inattendu, face à face « MONET – ROTHKO » jusqu’au 3 juillet. Toiles tardives de Claude Monet (1840 – 1926) et œuvres de Mark ROTKO (1903 – 1970) nous saisissent, nous plongent, nous immergent dans leurs univers sensitifs – chromatiques à l’unisson. Et cela bien au-delà de toute distinction figuration-abstraction (indéniable pour Mark ROTHKO) tant il est vrai que « l’ultime manière » de MONET tendait à l’effacement du sujet même. Et Cyrille Sciama (Directeur Général des lieux) de conclure : « ralentir le rythme, plonger dans la peinture, concentrer son regard dans la matière ; c’est peut-être ce qui relie le plus l’œuvre du Monet tardif à celle de ROTHKO ».

 

Où il est encore question d’impressionnisme : « Le décor impressionniste », Musée de l’Orangerie, jusqu’au 11 juillet. Il s’agit là d’un pan méconnu de cet art, un pan plus intime, plus familier que, certes, les iconiques Nymphéas. Mais à y bien regarder, un vase en faïence de Mary Cassat, une tapisserie selon une peinture de Claude Monet…, ne serait-ce pas là un art décoratif précurseur de celui, développé peu de temps après, par Bonnard, Vuillard, Denis, Matisse et tant d’autres ensuite ?

 

Tant de choses encore à découvrir à Paris et ailleurs.

 

A Albi, au Musée Toulouse-Lautrec « Quand Toulouse-Lautrec regarde Degas » jusqu’au 4 septembre.

 

Le LAM – Villeneuve d’Ascq, consacre une grande rétrospective (installations, photos, dessins…) à cette figure majeure de l’art contemporain ANNETTE MESSAGER, jusqu’au 21 aout.

 

« Pionnières » au Musée du Luxembourg – Paris jusqu’au 10 juillet met en valeur ces femmes artistes de toutes les avant-gardes début XXe siècle (Sonia Delaunay, Claude Cahun photographe, Marie Vassillief…). Nous aurons l’occasion de les évoquer lors de prochaines conférences… à suivre, donc !

 

Au Musée Marmottant, jusqu’au 21 aout « le théâtre des émotions ». Magistrale démonstration de Le Brun, Fragonard, Schiele à Picasso, Richter, Boltanski… entre autres.

 

Le Musée d’art Moderne de Paris expose jusqu’au 28 aout : EUGENE LEROY (1910-2000), immense artiste originaire de Tourcoing, fin connaisseur des maîtres du passé (Rembrandt, Gréco, Goya… Van Gogh) et dont les sujets, après un long processus créatif, se révèleront à la faveur de riches empâtements de matière, d’une présence puissamment charnelle.

 

Je terminerai, ou presque, avec une exposition – interrogation « Faut-il voyager pour être heureux ? » à la Fondation EDF. Paris jusqu’au 29 janvier 2023. Troublante et cruciale question en ces temps, que nous posent ces artistes et quels artistes ! tels Andy Goldwarthy, Ange Leccia, Martin Parr… 

 

Aussi me permettrai-je cette proposition, de court et lumineux voyage « Alchimie du vitrail » Musée Camille Claudel, Nogent sur Seine, jusqu’au 26 septembre. Fascinante alchimie, heureuse rencontre de trois artistes qui suscitent mon admiration : Camille Claudel, maitresse des lieux, Fabienne Verdier dont on pourra bientôt admirer l’oculus à la Chapelle de la Cité du Vitrail, et la maitre-verrier Flavie Serrières-Vincent.Petit.

 

Alors, où que vous alliez, où que vous restiez : soyez heureux ;
« Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage, et comme cestuy-là qui conquit la toison, et puis est retourné, plein d’usage et de raison… (Joachim Du Bellay)

 

Bien à vous tous

 

Christine Leduc

NEWSLETTER DU 1ER TRIMESTRE 2022

03/02/2022

NEWSLETTER DU 1ER TRIMESTRE 2022

C’est en bonne, et belle compagnie, que nous vous proposons, en ce début d’année, une artistique promenade au fil des rue parisiennes : YVES SAINT LAURENT guide nos pas.

Le 29 janvier 1962, à seulement 26 ans, et après avoir été directeur artistique chez Dior, le couturier présentait sa première collection personnelle.
Aussi 60 ans plus tard, 6 institutions parisiennes célèbrent les liens qu’au travers ses créations, il entretenait avec l’art, soit par de directes citations (pour exemple la robe Piet Mondrian 1965) ou par son insatiable passion de regardeur et de collectionneur tout autant.
« tout homme est obligé pour survivre, d’avoir, disait Nietzsche, des fantômes esthétiques. Je pense les avoir trouvés, entre autres, en Mondrian, Matisse, Picasso mais aussi et surtout en Proust : je suis tout à fait éclectique », confiait-il en 1990.

Sous nos pas, se déroulent alors modernité au Centre Pompidou avec Matisse, Mondrian, Vasarely, Pollock…, rythmes – couleurs – matières célébrés au Musée d’art moderne, affinités avec le Maître au Musée Picasso (dont la veste du portrait de Nusch  Eluard), de l’or en la Galerie Apollon du Musée du Louvre (robe de mariée Shakespeare de 1980, entièrement parée de bijoux) et bien sûr au Musée d’Orsay, l’univers fécond de Marcel Proust ainsi que la question du genre au travers des codes vestimentaires masculin-féminin (pour exemple le fameux smoking décliné au féminin).

Quant au Musée Yves Saint Laurent, ce sont les archives, les documents, les « toiles » qui permettront de saisir, de ressentir la vie même, le processus créatif du couturier, et d’ailleurs :
« je ne suis pas un couturier, je suis un artisan, un fabricant de bonheur ».
YVES SAINT LAURENT AUX MUSEES, du 29 janvier au 15 mai 2022.

A noter concernant Marcel Proust : « Marcel Proust – un roman parisien » au Musée Carnavalet, jusqu’au 10 avril 2022.

Et puis tous ces musées exposant les créations d’Yves St Laurent, comment ne pas résister à flâner, à parcourir bien d’autres salles ; d’autant, que vous l’aurez remarqué depuis tant d’années, les expositions dites « grandes » se dévoilent plus volontiers au printemps et à l’automne ?

Egalement au Musée d’Orsay
CHEFS D’ŒUVRE DE LA FRICK COLLECTION, portraits de Whistler, du 26 février au 28 mai 2022.
SOPHIE CALLE (photographies… mais pas que ! LES FANTOMES DU MUSEE D’ORSAY, du 15 mars au 12 juin 2022.
        
C’est à un médium, fait original, que se consacre l’artiste EVA JOSPIN : le carton, agrémenté parfois de papier, bois, métal, coquillages… ce carton qu’elle décline, en œuvres, souvent d’ailleurs monumentales (exemple la magnifique forêt au cœur de la Cour carrée du Louvre en 2016), invitant à l’exploration, la contemplation, la rêverie :
« EVA JOSPIN. Galliera » Musée de la Chasse et de la Nature, jusqu’au 22 mars 2022.
Entre les murs du noble Hôtel de Guénégaux, dans le Marais (hôtel XVIIe siècle, magnifiquement restauré), dédié à la chasse et à la nature, le thème de la forêt s’imposait. Ces forêts, la plasticienne les travaille denses, touffues, mystérieuses, inquiétantes parfois ; sorte de réminiscences, de peurs ancestrales. A l’exposition, une de ses œuvres retiendra plus particulièrement notre attention. Adossée à une forêt donc, se laisse découvrir une galerie (dans laquelle nous nous engageons), évoquant un fascinant et énigmatique studiolo italien : merveilleux dialogue nature – culture.
Tout proche, un bas-relief « minéral » (toujours fait de carton !) – Matera 2018 ; dans les étages supérieurs, un cénotaphe ou encore un jardin baroque. On remarque là, bien sûr, la grande passion d’EVA JOSPIN pour l’Italie antique, renaissance ou baroque (elle fût par ailleurs pensionnaire de la Villa Medicis). Le parcours se poursuit au sein des collections permanentes du  musée (dont un très beau tableau de Derain – la chasse au loup, vers 1930), émaillé de créations contemporaines d’artistes invités par EVA JOSPIN et relevant d’une même poésie.

Plus loin, beaucoup plus loin que Paris, que l’Italie, nous découvrons alors le monde avec STEVE MC CURRY, Musée Maillol, jusqu’au 29 mai 2020. Photographe américain, aux 40 ans de carrière, STEVE MC CURRY nous offre là son univers riche d’expériences et d’émotions. 150 œuvres, grand format, aux éblouissantes couleurs de toute une humanité nous entrainent d’Afghanistan (des photographies noir et blanc l’y montre reporter de guerre) au Pakistan, d’Inde à l’Asie du sud-est, du Tibet à l’Amérique du sud. Ces œuvres, portraits pour la plupart, emprunts de dignité quel qu’en soit la situation, se dévoilent à la faveur de salles obscures, au fil d’un lumineux labyrinthe, sans chronologie, ni thématique, ni cultures, ni ethnies : autant de visages, de regards, fascinants regards, qui longtemps, les portes refermées, nous accompagnent.
« une photo peut exprimer un humanisme universel ou simplement révéler une vérité délicate et poignante en exposant une tranche de vie qui pourrait, autrement, passer inapercue ». STEVE MC CURRY.

Une autre destination lointaine, dans l’espace mais aussi dans le temps, nous est proposée au Musée Cernushi, PEINDRE HORS DU MONDE – MOINES ET LETTRES DES DYNASTIES MING (XIVe – XVIIe) ET QUING (XVIIe – début XXe), jusqu’au 6 mars. S’y déroulent une cinquantaine d’œuvres picturales, calligraphiques (rouleaux sur soie, sur papier, parfois de plusieurs mètres de long et bien sûr d’une extrême fragilité) nous plongeant dans le monde « hors du monde » de ces lettrés.  Menant une vie frugale, monacale, loin de l’agitation des villes (déjà), ils partageaient leur temps entre méditation, contemplation silencieuse, poésie, pratique de la peinture et de la calligraphie. La nature, qu’elle soit Montagne, tels les pics acérés des monts Huang plantés de pins noueux et nappés de brumes, ou cours d’eau, est alors source d’émerveillement, d’inspiration et de création. Des créations entre réel et imaginaire, et où les personnages humains sont souvent réduits à de très fines silhouettes. 
Pour n’en citer que deux, ce pourrait être SHITAO (1642-1707) et ses bambous esquissés d’une touche si légère comme agités par le vent ; ou encore la souplesse du trait de ZHUDA (1626 – 1707) suggérant le frétillement du poisson. Voilà bien une halte sereine et bienfaisante ou le regard se double d’une réflexion à l’acuité toujours actuelle (l’homme et son environnement, son regard précisément, son rapport à cet environnement) et toujours inspirante. Ainsi l’ouvrage photographique de Marc Riboud, préfacé par François Cheng « Huang shan, les Montagnes Célestes » 2004. Par-delà les siècles, Marc Riboux photographe et Francis Cheng poète, célèbrent par leurs clichés et leurs mots, un monde hors d’atteinte, intemporel.
Et de nombreux artistes contemporains chinois se reconnaissent redevables à ces moines lettrés du passé. Pour exemple, l’exposition qui eut lieu en 2020-2021 à Zurich (Musée Rietberg) « l’art chinois à l’écoute du paysage », s’y confrontaient chefs d’œuvre historiques et réalisations contemporaines ; parmi ces artistes : Yang Yongliang notamment.

Après Hors du Monde, PAUL KLEE – ENTRE MONDES, au Lam, Villeneuve d’Asq, jusqu’au 27 février 2022.
Figure singulière des avant-gardes au XXe siècle, PAUL KLEE (1879-1940) aimait se définir comme « peintre-poète », mais un peintre-poète désirant s’affranchir des règles académiques, des canons esthétiques occidentaux, pour explorer de nouveaux territoires, pour revenir aux sources de l’acte créateur. Il s’inspirera, se nourrira, pour cela, d’art pariétal, de dessins d’enfants (dont les siens ! ), de ceux de patients en cliniques psychiatriques (notons l’ouvrage du Dr Prinzhorn en 1922 « Expressions de la folie »,connu de PAUL KLEE), de créations extra-européennes (africaines, orientales) d’art populaire et aussi médiumniques. On comprendra qu’une telle quête, de telles sources multiples foisonnantes, engendrent une œuvre complexe et donc un parcours à l’exposition déroutant parfois : cela même s’il est accompagné de correspondances, revues, photographies de ces sources d’inspiration.
Entre art brut et modernité (rappelons que PAUL KLEE fut enseignant au Bahaus de Weimar, puis Dessau, proche de Kandinsky), peinture et musique lui-même excellent violoniste, entre figuration et abstraction, rêve et réalité, tentons avec PAUL KLEE d’oublier, s’alléger, se laisser porter, emporter en ses mondes, Entre Mondes. 
A remarquer que cette exposition est réalisée avec le concours du Zentrum Paul Klee de Berne qui lui-même présente « PAUL KLEE, les êtres humains entre eux », jusqu’au 22 mai 2022.
C’est ici une étude (dessins pour l’essentiel) sur la cohabitation des êtres humains, mais non sans une certaine distance ironique.

Feu d’ironie, réelle conviction et magistrale illustration nous seront offertes à l’exposition « ECRIRE, C’EST DESSINER » au CENTRE POMPIDOU METZ, encore jusqu’au 21 février 2022 !
C’est là le vibrant crédo que la poétesse-artiste ETEL ADNAN (1925-2021, d’origine libanaise, père syrien, mère grecque… et de nationalité américaine) et ses porellos, longs, merveilleux livres accordéons peints-inscrits, illustrant cet éternel dialogue ainsi que cette non moins éternelle aspiration, nécessité à communiquer savoirs, croyances, émotions de tous ordres, en tous lieux, toutes époques. Ce sera pour nous l’émotion de (re)découvrir un fragment du Livre des morts égyptien sur papyrus, un ouvrage enluminé du XIVe siècle, un rare croquis d’Arthur Rimbaud, une encre de Marguerite Yourcenar, les idéogrammes d’Henri Michaux, un manuscrit illustre ottoman, les œuvres écrites – dessinées de Cy Twonbly, Pierre Alechinsky, Louise Bourgeois, Pierrette Bloch…
Narration universelle « Poésie du tout-monde », exprime Pélagie Gbaguidi, artiste africaine née en 1965, inspirée par la vie et l’œuvre d’ETEL ADNAN et invitée à réaliser une fresque éphémère 
mêlant histoire contemporaine et récits traditionnels.

Sur votre route, Evian-les-Bains, peut-être :
« CHRISTIAN BÉRARD, au théâtre de la vie », Palais Lumière, du 5 février au 22 mai 2022.
Peinture, théâtre, scénographie, danse, décoration, illustration, CHRISTIAN BÉRARD (1902-1942) a prêté son talent à nombre créateurs de son époque. A l’académie Ranson qu’il fréquente au début des années 20, il se marquera de l’influence « Nabi » d’Edouard Vuillard et Maurice Denis. Ces mêmes années il rencontre Christian Dior qui lui ouvre les portes de la mode. Son travail d’illustrateur inspirera Elsa Schiaparelli et également Yves Saint Laurent qui dira : « à l’âge de 13ans, c’était à Oran où je suis né, j’ai assisté à une représentation de « L’école des femmes » avec Louis Jouvet. Les décors étaient de CHRISTIAN BÉRARD, un artiste prodigieux. Ce fut pour moi un très grand choc ». C’est au théâtre en effet que CHRISTIAN BÉRARD réalise ses plus belles, plus emblématiques œuvres, dont des décors et/ou costumes pour des mises en scène de Louis 
Jouvet, Jean Cocteau (ex La belle et la bête en 1945), Jean Giraudoux (La Folle de Chaillot 1945), Jean Genet (Les Bonnes en 1947) … Cette rétrospective rend donc hommage à ce talent multiple, coloré, que Louis Jouvet décrivait comme « un arc en ciel qui déambule ». Mort brutalement en 1949, Francis Poulenc composera son Stabat Mater à sa mémoire et Jean Cocteau lui dédiera son film « Orphée » (1950).

Et pour terminer : Tous à Rio ! … à Moulins, où le Centre National du Costume de Scène présente jusqu’au 30 avril 2022, « CARNAVAL DE RIO » (NB : carnaval à Rio reporté « pour cause que l’on sait » en avril). A Moulins, ce ne sont que costumes colorés, plumes paillettes, masques, maquillages fantastiques… au rythme de la samba, bien sûr !

En tous domaines, et comme le suggérait YVES SAINT LAURENT, je souhaite, je vous souhaite que l’art soit, en cette année et d’autres à venir, toujours, ‘fabricant de bonheur ».

Christine Leduc

NEWSLETTER 4ÈME TRIMESTRE 2021

18/11/2021

NEWSLETTER 4ÈME TRIMESTRE 2021

Bien sûr, comment ne pas parler, reparler une fois encore, de l’exposition /


« LA COLLECTION MOROZOV. Icônes de l’Art Moderne » à la Fondation Vuitton, jusqu’au 22 février 2022.
Exposition qui devrait illuminer cette rentrée, les jours plus sombres espérons-le passés.
Imaginez, voyez, rêvez, dans la lumière de la Méditerranée de Bonnard, le Maroc de Matisse, les couleurs éclatantes de la Polynésie de Gauguin, le magistral décor de Maurice Denis pour le salon de musique d’Ivan Morozov (qui reprendra le flambeau de la collection à la mort de son frère Mikhaïl en 1902), 13 panneaux sur le thème de Psyché réunis et redisposés pour cette occasion. Et puis tous ces noms merveilleux, ces œuvres tout autant, de Monet, Renoir, Van Gogh, Rodin, Camille Claudel, Manet, Pissarro, Derain, Vlaminck, Cézanne (la grande passion d’Ivan Morozov), Picasso… sans oublier les peintres également « modernes » russes : Vroubel, Larionov, Gontcharova…

Bien sûr, l’exposition de la collection Morozov étincellera, mais d’autres étoiles brilleront aussi ce mois à venir, déjouant les jours déclinant.

Plus profondément dans l’âme russe, s’illustrera :

ILYA REPINE (1844-1930), Petit Palais à Paris, jusqu’au 23 janvier 2022.
Artiste majeur de la fin du XIXe, début XXe siècle en Russie, il sera le témoin attentif des bouleversements historiques de son pays à cette époque.
Sa peinture réaliste, à la touche vibrante, célèbrera le peuple russe dans de vastes et puissantes mises en scène (telle « Les Cosaques), comme dans de plus intimes compositions, révélant là ses expérimentations sur la lumière, les couleurs (influencé qu’il fût lors de ses séjours en France par les impressionnistes, par Manet…) ou encore dans ses portraits, tels ceux de ses contemporains : Tourgueniev, Tolstoï, Moussorgski…
L’originalité et la qualité de la programmation du Petit Palais se poursuit avec JEAN-MICHEL OTHONIEL, le théorème de Narcisse, jusqu’au 2 janvier 2022.
L’artiste y investit musée et jardin de briques en verre de couleurs, dont « Rivière Bleue », accueillant le visiteur, de verre miroité, d’inox poli, se jouant dans son univers fantastique, de troublants jeux de reflets… d’où le nom de l’exposition !

Autre univers troublant, et bien plus encore, celui de GEORGIA O’KEEFFE (1887-1986), Centre Pompidou, jusqu’au 6 décembre 2021.
Figure singulière, libre (tout en ayant été la muse et compagne du photographe-galeriste Alfred Stieglitz), déterminée, arpentant le sol américain d’est en ouest, elle développera un art tout aussi singulier entre abstraction et figuration : photographiques et macroscopiques cadrages de fleurs envoûtantes, sensuelles ; vues vertigineuses, graphiques de gratte-ciels new-yorkais, aux paysages brûlants, arides du Nouveau Mexique, là où elle s’établit dès 1946. Sur sa terre d’élection, elle déclinera alors des compositions dépouillées, oscillant entre réalisme et surréalisme, y mêlant minéral, végétal, animal… glanant en effet au cours de longues randonnées, pierres, os, crânes d’animaux.
« je sais que je ne peux pas peindre une fleur, je ne peux pas peindre le soleil sur le désert. Mais je peux peut-être, grâce à la couleur, vous faire part de mon expérience de la fleur, du désert, de ce qu’ils signifient pour moi à ce moment précis. »

Restons en Amérique avec l’œuvre photographique de VIVIAN MAIER (1926-2009), Musée du Luxembourg jusqu’au 16 janvier 2022.
Derrière la charmante image de la Nanny, gouvernante un temps pour enfants à New-York et Chicago, et de photographe amateur, se profile une femme seule, à problèmes psychiques, terminant sa vie dans la misère, ses meubles, photographies comprises, saisis pour loyers impayés. Le hasard, après sa mort, de leurs découvertes, révèle, au travers de milliers de clichés et négatifs non développés, un œil génial à cadrer, à saisir les ombres, les reflets, un geste, un regard saisis dans les rues de New-York ou Chicago, mais aussi un œil implacable malicieux parfois dans l’analyse de la société américaine d’après-guerre, ses mutations (soit d’environ 1950 à 1980), tant au niveau de questions politiques, sociales (monde du travail, ségrégation…), que de l’univers des théâtres, des cinémas, des musées aussi !

Où l’on retrouve ALFRED STIEGLITZ avec « Chefs d’œuvres photographiques du Moma, la collection Thomas Walther », Jeu de Paume – Paris, jusqu’au 13 février 2022.

En effet, Alfred Stieglitz (1864-1946), représenté à l’exposition, fût par ailleurs un important contributeur à la reconnaissance de la photographie en tant que forme d’art. Là nous est présenté un éblouissant florilège de toutes les avant-gardes européennes et américaines ; de Dada au Bauhaus, du surréalisme au constructivisme, à la Straight Photography (« Photographie pure », soit saisir son sujet de façon aussi réaliste, objective que possible : Berenice Abbott, Paul Strand…). Photographes connus, d’autres moins, forment cette fascinante histoire : l’avènement de la modernité en photographie.
Quelques noms : Raoul Haussmann, Brassaï, El Lissitzky, André Kertesz, Maurice Tabard, Paul Strand, Manuel Alvarez Bravo, Claude Cahun…

De la couleur… avec SIGNAC Collectionneur » musée d’Orsay jusqu’au 13 février.
Voilà une originale manière d’aborder ce thème au travers des choix de celui-là même « chantre de la couleur » : Paul Signac (1863-1935). Artiste, nous le savions, Collectionneur, nous le découvrons. Signac sera également très actif, parfois menant combats, sur la scène artistique en tant que fondateur (avec Georges Seurat), puis président du Salon des Indépendants. Que trouve-t-on sur ses murs ? (Collection aujourd’hui dispersée et qui a compté jusqu’à 250 œuvres) : des toiles de ses amis néo-impressionnistes (Georges Seurat, Maximilien Luce, Henri-Edmond Cross…), Renoir, Monet, Jonkind, des Nabis (Bonnard, Vuillard, Valloton…). Et aussi des Fauves (Kees Van Dongen, Matisse, Valtat…). Et au milieu de leurs couleurs « rugissantes », un magnifique fusain d’Odilon Redon !

Haussons le ton, la forme, SOUTINE / DE KOONING, la peinture incarnée, musée de l’Orangerie, jusqu’au 10 janvier 2022.
Un face à face comme une évidence, une résonnance entre deux artistes « expressionnistes », l’un figuratif, l’autre abstrait : Chaïm Soutine (1893-1943) et Willem de Kooning (1904-1997). D’ailleurs ce dernier ne dira-t-il pas, ayant découvert Soutine dès les années 50 suite à une rétrospective au MOMA de New-York : « j’ai toujours été fou de Soutine ». S’établit alors ici, plus encore qu’un face à face, un corps à corps, dont les corps, les chairs (d’où le titre de l’exposition) de la célèbre série « Women » de Willem de Kooning. Palette violente, contrastée, stridente, matière projetée, empâtée, parfois fine – translucide, gestuelle vigoureuse, fiévreuse, lignes déformées, disloquées... Alors, qui de Chaïm Soutine ? qui de Willem de Kooning ? a vous ce réjouissant arbitrage !

Plus de calme, plus d’intériorité à présent : JAWLENSKY (1864-1941) : la Promesse du Visage, la Piscine – Roubaix (20 ans déjà…) du 6 novembre 2021 au 6 février 2022.
Artiste expressionniste ? fauve ? proche de Kandinsky et de l‘abstraction ? Alexeï Von Jawlensky fut tout cela, et Alexeï Von Jawlensky fut unique, privilégiant, explorant, recomposant inlassablement ce thème du visage (également présents à l’exposition des natures mortes, des paysages). Puisant aussi à la source du masque africain, asiatique, à la tradition russe (son pays d’origine) de l’art de l’icône, Jawlensky va, au fil du temps, cheminer vers plus de simplification, de stylisation voire de géométrisation proche alors de l’abstraction. Les vifs aplats colorés se déclinent jusqu’à devenir plus légers, subtils, délicats. « Promesse de visage » donc, Promesse, au-delà de toutes individualité, d’une vive et lumineuse intériorité quasi mystique. Dans ce parcours, sont également présentés des toiles d’artistes auxquels Jawlensky fût très liés, tels Kandinsky bien sûr, Klee, Van Dongen, Matisse, Rouault…

« Ensemble, c’est tout », « sur la trame d’un amour » : les titres abondent pour présenter l’exposition ANNI ET JOSEF ALBERS, l’art et la vie, Musée d’art moderne de Paris, jusqu’au 9 janvier 2022.
Peut-être retient-on surtout, de Josef et de sa mythique série « Hommage to the square » : série de carrés superposés, apothéose de ses recherches sur l’interaction des couleurs. Mais Anni (1899-1994) et Josef (1888-1976) étaient animés d’une même vision, d’une même conviction sur l’indispensable rôle de l’art au développement de l’être et de la société. C’est au sein du Bauhaus, en tant qu’élèves puis enseignants qu’ils poursuivent leurs travaux ; Josef sur la théorie des matériaux d’abord, conjointement à de la peinture abstraite géométrique (dont sur verre) et Anni parallèlement à ces recherches, en version textile. Ainsi donc à chacun sa voie, mais tous deux adeptes du précepte de l’historien d’art Wilhelm Worringer pour qui « la ligne géométrique procure du bonheur à l’homme troublé par l’obscurité et l’enchevêtrement des phénomènes ». Ces idéaux, cette énergie seront fauchés par la montée du nazisme qui contraint, en 1933, le couple à quitter l’Allemagne pour les Etats-Unis. Plus largement, en Amérique, ils découvriront de nouvelles sources d’inspiration : arts populaires, arts précolombiens au Pérou, Mexique… Ces motifs viendront nourrir les fameux « Hommages au carré » de Joseph, tout comme les œuvres textiles d’Anni, mais aussi gravures, sérigraphies qu’elle expérimente ensuite.
Ainsi sont donc présentés à l’exposition toiles, dessins, gravures, tissages mais aussi meubles, bijoux : vibrant écho à ce couple « Anni et Josef, l’art et la vie ».

Mais que serait une Newsletter sans la main de PABLO PICASSO ?? (Présent déjà toutefois dans la collection Morozov !)

« PICASSO, l’étranger », musée national de l’immigration, jusqu’au 13 février 2022.
Le parcours, essentiellement graphique, se lit comme une enquête sur la tardive reconnaissance de l’artiste en France.

« LES LOUVRE DE PICASSO », musée du Louvre-Lens, jusqu’au 31 janvier 2022.
Eclairant les liens de Picasso aux Maîtres du passé en général et au musée du Louvre tout particulièrement.

J’aimerais terminer par ce bel hommage présenté à l’Institut du monde arabe, jusqu’au 2 janvier 2022, « LUMIERES DU LIBAN, art moderne et contemporain de 1950 à aujourd’hui ».
55 artistes libanais sélectionnés y célèbrent, malgré les malheurs qui frappent leur pays entre guerres civiles et explosion du port de Beyrouth, la toujours vitalité créatrice libanaise.

De la Russie au Liban, des Etats-Unis à la France, à l’Europe, que de nombreuses étoiles brillent en cette fin d’année !

Christine Leduc

NEWSLETTER 2ÈME TRIMESTRE 2021

10/06/2021

NEWSLETTER 2ÈME TRIMESTRE 2021

En ce printemps-été 2021, accordons-nous enfin quelques :  - belles échappées -

Sur ces routes, de nombreuses, si nombreuses haltes nous accueillent (expositions, musées, festivals…), que le choix s’avère difficile : heureux tourments !

Hors la très médiatique collection de François Pinault à la Bourse du Commerce de Paris (dont nous avions précédemment parlé – ouverture prévue le 22 mai). Non moins attendue se dévoile :

« LA COLLECTION DE MARTINE ET LEON CLIGMAN » à l’abbaye royale de Fontevraud.
Sur ces murs millénaires, dans les anciennes écuries des mères abbesses, prennent place quelques 900 œuvres des XIXe et XXe siècles, fruits de leur passion : Toulouse Lautrec, Degas, De Vlaminck, Marquet, Van Dongen, Delaunay, Gris, Derain, Marinot… Rodin, Richier, Martine Martine (devrais-je préciser que Martine Cligman, artiste sous le nom de Martine Martine, est la fille de Pierre et Denise Lévy ?). Ce parcours est ponctué d’œuvres extra-occidentales tissant ainsi un fil conducteur tant formel que chromatique.
A noter que la scénographie fut réalisée par la talentueuse designer contemporaine : Constance Guisset.

Arles et sa déjà fameuse Tour Luma. Il s’agit en fait de tout un complexe abritant la FONDATION LUMA, que destine sa présidente, Maja Hoffmann, à de multiples fonctions culturelles, avec, entre autres, lieu d’exposition, de création sur des thématiques telles l’environnement, les droits humains, l’éducation (assortis d’ateliers pédagogiques).
L’audacieuse architecture signée Franck Gehry, avec ses 11.000 panneaux métalliques étincelants (écho aux Alpilles toutes proches ou, se prend-on à rêver, à la nuit étoilée de Van Gogh) se veut traduire toute l’ambition, toute la diversité du projet (ouverture prévue le 26 juin).

Retour au couvent avec un lieu désormais ouvert sur la ville et le XXIe siècle : Les Franciscaines à Deauville. Au sein d’un vaste ensemble, dont on peut admirer la réhabilitation, se tiennent à différentes étages, auditorium, médiathèque, espace multimédia, musée consacré à André Hambourg et à la Normandie vue par Corot, Courbet, Vuillard, espaces d’exposition, dont de photos (Peter Lindbergh - Sarah Moon…). Non sans humour, l’exposition inaugurale s’intitule « SUR LES CHEMINS DU PARADIS ». Plus qu’un programme, une promesse ! Le « chemin » se parcourt en compagnie d’artistes de tous lieux, tous temps : Brueghel de Velours, Maurice Denis, Marc Chagall, Imran Qureshi (artiste pakistanais contemporain) … , de textes tel la Divine Comédie de Dante, de documents, notamment sur les jardins islamiques, témoignant de la prégnance et permanence du thème. A noter de prestigieux prêteurs comme les musées, du Louvre, d’Orsay, de l’Aga Khan ; ainsi que de prestigieux contributeurs comme la rabbin Delphine Horvilleur ou Régis Debray.

Tout près de là, permettons-nous une escapade à la « Villa du Temps retrouvé ».Cabourg devient Balbec sous la plume de Marcel Proust, toile de fond à son œuvre « A la recherche du temps perdu ». La villa, emblématique de l’architecture « Belle Epoque » propose alors une immersion dans l’univers de l’écrivain tant littéraire que picturale (Jacques-Emile Blanche, Eugène Boudin, Claude Monet…), musicale avec Claude Debussy et olfactive semble-t-il (la petite madeleine peut-être ?) A noter : la reconstitution d’une chambre Marcel Proust au musée Carnavalet, musée tout récemment rouvert après 4 ans de rénovation !!

Autres univers immersifs :

Aux Bassins de Lumières de Bordeaux : « MONET, RENOIR… CHAGALL, VOYAGES EN MEDITERRANEE » jusqu’en janvier 2022. Des œuvres de ces artistes (mais aussi de Picasso, Signac, Derain, Vlaminck, Dufy…) projetées sous forme numérique, nous plongent sur ces rives méditerranées. 
Paul Signac est par ailleurs le cœur d’une exposition (œuvres « réelles » cette fois, issues d’une collection particulière) au musée Jacquemart-André, jusqu’au 19 juillet : « SIGNAC, LES HARMONIES COLOREES », accompagné d’autres peintres néo-impressionnistes tels Camille Pissaro, Théo Van Rysselberghe, Henri-Edmond Cross, Maximilien Luce. 

Après les Bassins de Lumières de Bordeaux, les CARRIERES DE LUMIERES DES BAUX DE PROVENCE, carrières qui émerveillèrent tant Jean Cocteau, qu’en 1959, elles furent le lieu de tournage de son film « Le testament d’Orphée » avec notamment Jean Marais. Actuellement et jusqu’en janvier 2022, y sont projetés, en numérique ici : « CEZANNE, MAITRE DE LA PROVENCE » et « VASSILY KANDINSKY, L’ODYSSEE DE L’ABSTRACTION ».

Restons au sud, en Avignon.
Sous le commissariat d’Henri Loyrette, l’artiste peintre d’origine chinoise Yan Pei-ming déploie ses œuvres monumentales dans la Grande Chapelle du Palais des Papes, jusqu’au 31 janvier 2022, avec pour intitulé « TIGRES ET VAUTOURS ». Il a dit-il, pour ambition, d’éprouver « toute la dramaturgie de l’histoire complexe de la présence des papes en Avignon au Moyen-Age » et qui, poursuit-il, « devraient résonner avec le monde tel que nous le vivons aujourd’hui ».
De ses toiles seront également présentées à l’Hôtel de Montfaucon (Collection Lambert) à Avignon.

A Aix en Provence, hôtel de Caumont, Centre d’Art, « ZAO WOO-KI – IL NE FAIT JAMAIS NUIT » jusqu’au 10 octobre 2021. Quelques 80 œuvres de 1935 à 2009 (ZAO WOO-KI, né 1920, arrive à Paris en 1948, décède en 2013), huiles sur toiles, aquarelles, encres de chine sur papier, témoignent de la quête de l’artiste à inventer de nouveaux espaces animés par la lumière, construits par des jeux de masses colorées s’affrontant ou fusionnant ; et cela sous le regard de maîtres tels que Paul Klee ou bien sûr Paul Cézanne auquel ZAO WOO-KI rendra de nombreux hommages picturaux.

Plus au Nord, au Centre Pompidou de Metz, « FACE A ARCIMBOLDO » jusqu’au 22 novembre. L’exposition propose un réjouissant dialogue entre donc Giuseppe ARCIMBOLDO, peintre adoré au XVIe siècle puis longtemps déconsidéré par les historiens de l’art, et des artistes à un moment de leur carrière influencés (influences assumées, inconscientes ou fantasmées ?) par son imaginaire foisonnant tout de fruits, légumes, animaux. Parmi eux, on compte Magritte, Picasso, Bacon, comme Annette Messager, Cindy Sherman, ou les frères Campana (« ébouriffants » designers brésiliens).

Terminons par Paris.

Outre des expositions que nous avions précédemment évoquées (comme au Centre Pompidou et jusqu’au 23 aout : « ELLES FONT L’ABSTRACTION – UNE AUTRE HISTOIRE DE L’ABSTRACTION AU XXe siècle » ou : « PICASSO (1881-1973) – RODIN (1840-1917) », Musée Rodin jusqu’au 2 janvier 2022.

Le charme du petit Musée de Montmartre avec « LE PARIS DE DUFY » jusqu’en septembre.

Mais à Paris, ou partout ailleurs
Où que vous soyez
Quoique vous regardiez, écoutiez,

Je vous souhaite de très - belles échappées -

 

Christine Leduc

NEWSLETTER 4ÈME TRIMESTRE 2020

26/03/2020

NEWSLETTER 4ÈME TRIMESTRE 2020

« Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver ». René Char.

Pourrait-on ainsi le dire de toutes les formes d’art, riches quant à elles, de matières, de formes, de couleurs ?
Laissons-nous donc porter, au-delà des craintes et des incertitudes de notre époque, par quelques propositions de ces rêves d’artistes. Propositions fort nombreuses en cette rentrée, en cause de reconductions, de prolongations, mais aussi de passionnantes nouvelles expositions.

Et couleurs en majesté (en antidote ?) avec MATISSE COMME UN ROMANCentre Pompidoudu 21 octobre 2020 au 22 février 2021
Comme pour Francis Bacon, le Centre Pompidou retisse ce riche dialogue : images et mots. Quelques 230 œuvres de ce magicien des couleurs… et des formes (pensons à ses papiers gouachés, découpés notamment) s’accordant sous la plume, la voix d’écrivains, critiques, poètes tels Clément Greenberg, Pierre Schneider, Mallarmé dont il illustra des poèmes… et Aragon, son ami, rejouant ici du titre de son ouvrage : « Henri Matisse, roman ».
Envoûtement des images, poésie des mots ou poésie des images et envoûtement des mots, à chacun de rêver.

De rêver jusqu’au ciel peut-être ? YVES KLEIN ET SES CONTEMPORAINSCentre Pompidou de Metz, (fêtant ses 10 ans), jusqu’au 1er février 2021.
Au-delà de son iconique Bleu (IKB), nous y découvrons audaces, performances, influences (Fontana, Burri, mouvement Gütai…) et couleurs au pluriel, de celui qui aspirait à :
« signer au dos du ciel » (Yves Klein)
« repousser sans cesse les limites de l’art, et faire du monde entier un espace sensible permettant à l’humain de se reconnecter à l’univers » commente Emma Lavigne, commissaire de l’exposition. Merveilleux projet écologique !

« Le soleil inonde ma toile » annonce un tableau de GERARD FROMANGERMusée des Beaux-Arts de Caen jusqu’au 3 janvier 2021.
Heureuse prolongation qui nous fait (re)découvrir cet artiste (né en 1939), tenant du mouvement « Figuration narrative », conjuguant abstraction et figuration. Sont ainsi révélés le pouvoir, subjectif de la couleur et le pouvoir objectif d’un monde bien présent, vivant, voire contestant, de la rue.


De cette même « Figuration narrative », JACQUES MONORY (1924-2018) – Fondation Maeght jusqu’au 22 novembre 2020. On s’immerge dans un bleu (… mais pas que ! là encore) habillant un imaginaire très cinématographique, souvent proche d’ailleurs d’un film « Noir » américain.

Soleil et Noir associés, précisément, au Louvre Lens : SOLEILS NOIRS jusqu’au 25 janvier 2021. Se référant à l’exposition historique « le Noir est une couleur » à la Galerie Maeght en 1946, ainsi qu’au passé minier de la région Nord, l’exposition en exploite toute la puissance, de l’Antiquité à nos jours. Le Noir se décline tour à tour inquiétant, austère, chez les Régents du Nord au XVIIe siècle, poétique, mystérieux (Redon), avant-gardiste (Malevitch, Kandinsky), « dépassé » (avec l’outre-noir de Pierre Soulages) … « stylé » avec la « petite robe noire » de Jeanne Lanvin. Fascinante couleur, fascinante plongée.

Associé au blanc, le noir se fait photographique. NOIR ET BLANC : une esthétique de la photographie – Grand Palais du 12 novembre 2020 au 4 janvier 2021. 300 emblématiques tirages, XXe siècle, de la BNF, démontrent, si nécessaire, toutes les possibilités (thème, cadrage, lumière), les infinies subtilités de cet art, dans l’œil (mais quel œil !) de Brassaï, Robert Doisneau, Diane Arbus, Helmut Newton, Mario Giacometti, André Kertesz… bien d’autres à découvrir.

Comment alors ne pas évoquer Man Ray (d’ailleurs présent à l’exposition ci-dessus) au Musée du Luxembourg - MAN RAY ET LA MODE jusqu’au 3 janvier 2021. Ses solarisations, surimpressions, collages, son génie se prêtent ici, avec grâce, au monde de la mode (Poiret, Chanel…) et de la publicité avec les revues telles Vogue, Harper’s Bazaar, Vanity Fair.

Mode et photographie et plus, là également avec SARAH MOON (née en 1941), « Passé Présent » au MAM de Paris jusqu’au 10 janvier 2021. Certains se souviendront peut-être de ses campagnes publicitaires pour la marque Cacharel d’une douce et mélancolique poésie. Mais Sarah Moon, par ailleurs, ex-mannequin Haute-Couture, et libérée des contraintes d’un studio, développera une pratique toute personnelle. Elle nous convie aujourd’hui à une « ballade » (selon son terme), sensible dans un univers, des univers, magnétiques, oniriques, étranges, angoissants parfois, tels sont les rêves aussi !

JOSEF KOUDELKA, quant à lui, avec « Ruines » à la Bibliothèque nationale de France jusqu’au 16 décembre 2020, nous transporte de ses tirages panoramiques (sa signature) au-delà du temps et des civilisations, sur les rives de la Méditerranée. Liant tragique et sublime, il trouvera là « ce qui m’est désormais le plus précieux, le mariage de la beauté et de temps ».

Et pour terminer notre panorama photographique, faisons escale à la Fondation Vuitton, avec CINDY SHERMAN jusqu’au 3 janvier 2021. S’y dévoilent de troublants autoportraits, comme autant de métamorphoses (« Rombière », dandy, madone…) questionnant, non sans humour voire autodérision, notre rapport à l’image, aux apparences sociales, aux archétypes. Le regard acéré de Cindy Sherman se prolonge par une sélection d’œuvres choisies au sein de la collection de la Fondation Vuitton.

Où l’on aborde, derrière l’image toujours, mais certes bien différemment, le vaste domaine de l’inconscient : LEON SPILLIAERT (1881-1946) - « Lumière et Solitude » – Musée d’Orsay du 13 octobre 2020 au 10 janvier 2021. Paysages nocturnes, intérieurs désertés, figures fantomatiques, visages-masques ou hagards, hantent l’artiste. Le rêve, évoqué par René Char, se teinte alors d’angoisse voire de cauchemar, au fil d’une palette sombre trouée de fulgurantes lumières.

« Je suis le rêve, je suis l’inspiration » – VICTOR BRAUNER (1903-1966). Importante et bienvenue rétrospective au MAM de Paris jusqu’au 10 janvier 2021. Une inspiration que cet artiste puisera à de multiples sources. C’est une vie d’abord marquée par ses origines roumaines, par la pauvreté (travaillera à une période avec de la bougie fondue, des cailloux, de la ficelle…), par l’antisémitisme, l’exode, mais aussi par ses rencontres au sein du mouvement surréaliste. Et c’est aussi une inspiration nourrie d’une « mythologie » toute personnelle mêlant spiritisme, tarots, kabbale, hiéroglyphes égyptiens, mythes océaniens, mexicains, contes pour enfants…
Au regardeur de faire le tableau (« ce sont les regardeurs qui font le tableau », selon Marcel Duchamp). 

Une figure qui inspira, un temps, les Surréalistes : GIORGIO DE CHIRICO – « La peinture métaphysique » – Musée de l’orangerie jusqu’au 14 décembre 2020. Tout empreint de la philosophie de Nietzsche, de culture antique, Giorgio de Chirico crée (avant un « retour à l’ordre » de source résolument classique) une œuvre silencieuse, interrogative, singulière, révélée par Guillaume Apollinaire en 1913. Pour exemple, ses emblématiques ombres ou « perspective métaphysique, géométrie de l’absurde où les ombres ne coïncident pas avec la théorie des ombres » dira-t-il. Mannequins, éléments insolites porteront plus loin encore dans l’inconscient.

Autre porte ouverte sur son exploration « HYPNOSE » - Musée des Beaux-Arts de Nantes du 15 octobre 2020 au 31 janvier 2021. Sont présentés les liens entre Science, Etudes (du XVIIIe siècle à nos jours avec la place dominante, « fascinante » des écrans) et création. Se croisent ainsi Courbet et Charcot, Freud et Rodin, les surréalistes bien sûr et leurs séances d’hypnose collective, l’art optique, le cinéma de Fritz Lang et son film « Dr Mabuse » (1922 – préfigurant les manipulations des régimes totalitaires). Jusqu’à une vaste installation multimédia de l’artiste contemporain Tony Oursler.

IPOUSTEGUY (1920-2006), ce nom vous est-il connu ? Sculpteur farouchement indépendant, hors des courants du XXe siècle, il abordera les thèmes universels propres à l’Homme avec une grande force expressive. Se révélant puissant, bouleversant, dérangeant parfois, il est présent dans le monde entier de Tokyo, Melbourne à Berlin ; beaucoup dans des espaces publics mais aussi dans de prestigieux musées tels que le Moma, le Guggenheim de New York, le Centre Pompidou à Paris, … et le musée d’Art moderne de Troyes ! 5 expositions lui sont, à ce jour, consacrées, en Meuse où il naquit il y a 100 ans et vécut longtemps, soit Doulcon, Bar le duc, Verdun, et un peu plus loin à Charleville-Mézières et Epinal.

Et pour terminer, musique ! Gitanes, ballerines, arlequins à la guitare, faunes à la flûte de pan… ont accompagné, imprégné l’œuvre de Picasso. Alors avec « les Musiques de Picasso » - Philharmonie de Paris jusqu’au 3 janvier 2021. Laissons-nous emporter en rêve, en rythme, sur les ailes de l’Art…

Christine Leduc