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NEWSLETTER 4ÈME TRIMESTRE 2021

18/11/2021

NEWSLETTER 4ÈME TRIMESTRE 2021

Bien sûr, comment ne pas parler, reparler une fois encore, de l’exposition /


« LA COLLECTION MOROZOV. Icônes de l’Art Moderne » à la Fondation Vuitton, jusqu’au 22 février 2022.
Exposition qui devrait illuminer cette rentrée, les jours plus sombres espérons-le passés.
Imaginez, voyez, rêvez, dans la lumière de la Méditerranée de Bonnard, le Maroc de Matisse, les couleurs éclatantes de la Polynésie de Gauguin, le magistral décor de Maurice Denis pour le salon de musique d’Ivan Morozov (qui reprendra le flambeau de la collection à la mort de son frère Mikhaïl en 1902), 13 panneaux sur le thème de Psyché réunis et redisposés pour cette occasion. Et puis tous ces noms merveilleux, ces œuvres tout autant, de Monet, Renoir, Van Gogh, Rodin, Camille Claudel, Manet, Pissarro, Derain, Vlaminck, Cézanne (la grande passion d’Ivan Morozov), Picasso… sans oublier les peintres également « modernes » russes : Vroubel, Larionov, Gontcharova…

Bien sûr, l’exposition de la collection Morozov étincellera, mais d’autres étoiles brilleront aussi ce mois à venir, déjouant les jours déclinant.

Plus profondément dans l’âme russe, s’illustrera :

ILYA REPINE (1844-1930), Petit Palais à Paris, jusqu’au 23 janvier 2022.
Artiste majeur de la fin du XIXe, début XXe siècle en Russie, il sera le témoin attentif des bouleversements historiques de son pays à cette époque.
Sa peinture réaliste, à la touche vibrante, célèbrera le peuple russe dans de vastes et puissantes mises en scène (telle « Les Cosaques), comme dans de plus intimes compositions, révélant là ses expérimentations sur la lumière, les couleurs (influencé qu’il fût lors de ses séjours en France par les impressionnistes, par Manet…) ou encore dans ses portraits, tels ceux de ses contemporains : Tourgueniev, Tolstoï, Moussorgski…
L’originalité et la qualité de la programmation du Petit Palais se poursuit avec JEAN-MICHEL OTHONIEL, le théorème de Narcisse, jusqu’au 2 janvier 2022.
L’artiste y investit musée et jardin de briques en verre de couleurs, dont « Rivière Bleue », accueillant le visiteur, de verre miroité, d’inox poli, se jouant dans son univers fantastique, de troublants jeux de reflets… d’où le nom de l’exposition !

Autre univers troublant, et bien plus encore, celui de GEORGIA O’KEEFFE (1887-1986), Centre Pompidou, jusqu’au 6 décembre 2021.
Figure singulière, libre (tout en ayant été la muse et compagne du photographe-galeriste Alfred Stieglitz), déterminée, arpentant le sol américain d’est en ouest, elle développera un art tout aussi singulier entre abstraction et figuration : photographiques et macroscopiques cadrages de fleurs envoûtantes, sensuelles ; vues vertigineuses, graphiques de gratte-ciels new-yorkais, aux paysages brûlants, arides du Nouveau Mexique, là où elle s’établit dès 1946. Sur sa terre d’élection, elle déclinera alors des compositions dépouillées, oscillant entre réalisme et surréalisme, y mêlant minéral, végétal, animal… glanant en effet au cours de longues randonnées, pierres, os, crânes d’animaux.
« je sais que je ne peux pas peindre une fleur, je ne peux pas peindre le soleil sur le désert. Mais je peux peut-être, grâce à la couleur, vous faire part de mon expérience de la fleur, du désert, de ce qu’ils signifient pour moi à ce moment précis. »

Restons en Amérique avec l’œuvre photographique de VIVIAN MAIER (1926-2009), Musée du Luxembourg jusqu’au 16 janvier 2022.
Derrière la charmante image de la Nanny, gouvernante un temps pour enfants à New-York et Chicago, et de photographe amateur, se profile une femme seule, à problèmes psychiques, terminant sa vie dans la misère, ses meubles, photographies comprises, saisis pour loyers impayés. Le hasard, après sa mort, de leurs découvertes, révèle, au travers de milliers de clichés et négatifs non développés, un œil génial à cadrer, à saisir les ombres, les reflets, un geste, un regard saisis dans les rues de New-York ou Chicago, mais aussi un œil implacable malicieux parfois dans l’analyse de la société américaine d’après-guerre, ses mutations (soit d’environ 1950 à 1980), tant au niveau de questions politiques, sociales (monde du travail, ségrégation…), que de l’univers des théâtres, des cinémas, des musées aussi !

Où l’on retrouve ALFRED STIEGLITZ avec « Chefs d’œuvres photographiques du Moma, la collection Thomas Walther », Jeu de Paume – Paris, jusqu’au 13 février 2022.

En effet, Alfred Stieglitz (1864-1946), représenté à l’exposition, fût par ailleurs un important contributeur à la reconnaissance de la photographie en tant que forme d’art. Là nous est présenté un éblouissant florilège de toutes les avant-gardes européennes et américaines ; de Dada au Bauhaus, du surréalisme au constructivisme, à la Straight Photography (« Photographie pure », soit saisir son sujet de façon aussi réaliste, objective que possible : Berenice Abbott, Paul Strand…). Photographes connus, d’autres moins, forment cette fascinante histoire : l’avènement de la modernité en photographie.
Quelques noms : Raoul Haussmann, Brassaï, El Lissitzky, André Kertesz, Maurice Tabard, Paul Strand, Manuel Alvarez Bravo, Claude Cahun…

De la couleur… avec SIGNAC Collectionneur » musée d’Orsay jusqu’au 13 février.
Voilà une originale manière d’aborder ce thème au travers des choix de celui-là même « chantre de la couleur » : Paul Signac (1863-1935). Artiste, nous le savions, Collectionneur, nous le découvrons. Signac sera également très actif, parfois menant combats, sur la scène artistique en tant que fondateur (avec Georges Seurat), puis président du Salon des Indépendants. Que trouve-t-on sur ses murs ? (Collection aujourd’hui dispersée et qui a compté jusqu’à 250 œuvres) : des toiles de ses amis néo-impressionnistes (Georges Seurat, Maximilien Luce, Henri-Edmond Cross…), Renoir, Monet, Jonkind, des Nabis (Bonnard, Vuillard, Valloton…). Et aussi des Fauves (Kees Van Dongen, Matisse, Valtat…). Et au milieu de leurs couleurs « rugissantes », un magnifique fusain d’Odilon Redon !

Haussons le ton, la forme, SOUTINE / DE KOONING, la peinture incarnée, musée de l’Orangerie, jusqu’au 10 janvier 2022.
Un face à face comme une évidence, une résonnance entre deux artistes « expressionnistes », l’un figuratif, l’autre abstrait : Chaïm Soutine (1893-1943) et Willem de Kooning (1904-1997). D’ailleurs ce dernier ne dira-t-il pas, ayant découvert Soutine dès les années 50 suite à une rétrospective au MOMA de New-York : « j’ai toujours été fou de Soutine ». S’établit alors ici, plus encore qu’un face à face, un corps à corps, dont les corps, les chairs (d’où le titre de l’exposition) de la célèbre série « Women » de Willem de Kooning. Palette violente, contrastée, stridente, matière projetée, empâtée, parfois fine – translucide, gestuelle vigoureuse, fiévreuse, lignes déformées, disloquées... Alors, qui de Chaïm Soutine ? qui de Willem de Kooning ? a vous ce réjouissant arbitrage !

Plus de calme, plus d’intériorité à présent : JAWLENSKY (1864-1941) : la Promesse du Visage, la Piscine – Roubaix (20 ans déjà…) du 6 novembre 2021 au 6 février 2022.
Artiste expressionniste ? fauve ? proche de Kandinsky et de l‘abstraction ? Alexeï Von Jawlensky fut tout cela, et Alexeï Von Jawlensky fut unique, privilégiant, explorant, recomposant inlassablement ce thème du visage (également présents à l’exposition des natures mortes, des paysages). Puisant aussi à la source du masque africain, asiatique, à la tradition russe (son pays d’origine) de l’art de l’icône, Jawlensky va, au fil du temps, cheminer vers plus de simplification, de stylisation voire de géométrisation proche alors de l’abstraction. Les vifs aplats colorés se déclinent jusqu’à devenir plus légers, subtils, délicats. « Promesse de visage » donc, Promesse, au-delà de toutes individualité, d’une vive et lumineuse intériorité quasi mystique. Dans ce parcours, sont également présentés des toiles d’artistes auxquels Jawlensky fût très liés, tels Kandinsky bien sûr, Klee, Van Dongen, Matisse, Rouault…

« Ensemble, c’est tout », « sur la trame d’un amour » : les titres abondent pour présenter l’exposition ANNI ET JOSEF ALBERS, l’art et la vie, Musée d’art moderne de Paris, jusqu’au 9 janvier 2022.
Peut-être retient-on surtout, de Josef et de sa mythique série « Hommage to the square » : série de carrés superposés, apothéose de ses recherches sur l’interaction des couleurs. Mais Anni (1899-1994) et Josef (1888-1976) étaient animés d’une même vision, d’une même conviction sur l’indispensable rôle de l’art au développement de l’être et de la société. C’est au sein du Bauhaus, en tant qu’élèves puis enseignants qu’ils poursuivent leurs travaux ; Josef sur la théorie des matériaux d’abord, conjointement à de la peinture abstraite géométrique (dont sur verre) et Anni parallèlement à ces recherches, en version textile. Ainsi donc à chacun sa voie, mais tous deux adeptes du précepte de l’historien d’art Wilhelm Worringer pour qui « la ligne géométrique procure du bonheur à l’homme troublé par l’obscurité et l’enchevêtrement des phénomènes ». Ces idéaux, cette énergie seront fauchés par la montée du nazisme qui contraint, en 1933, le couple à quitter l’Allemagne pour les Etats-Unis. Plus largement, en Amérique, ils découvriront de nouvelles sources d’inspiration : arts populaires, arts précolombiens au Pérou, Mexique… Ces motifs viendront nourrir les fameux « Hommages au carré » de Joseph, tout comme les œuvres textiles d’Anni, mais aussi gravures, sérigraphies qu’elle expérimente ensuite.
Ainsi sont donc présentés à l’exposition toiles, dessins, gravures, tissages mais aussi meubles, bijoux : vibrant écho à ce couple « Anni et Josef, l’art et la vie ».

Mais que serait une Newsletter sans la main de PABLO PICASSO ?? (Présent déjà toutefois dans la collection Morozov !)

« PICASSO, l’étranger », musée national de l’immigration, jusqu’au 13 février 2022.
Le parcours, essentiellement graphique, se lit comme une enquête sur la tardive reconnaissance de l’artiste en France.

« LES LOUVRE DE PICASSO », musée du Louvre-Lens, jusqu’au 31 janvier 2022.
Eclairant les liens de Picasso aux Maîtres du passé en général et au musée du Louvre tout particulièrement.

J’aimerais terminer par ce bel hommage présenté à l’Institut du monde arabe, jusqu’au 2 janvier 2022, « LUMIERES DU LIBAN, art moderne et contemporain de 1950 à aujourd’hui ».
55 artistes libanais sélectionnés y célèbrent, malgré les malheurs qui frappent leur pays entre guerres civiles et explosion du port de Beyrouth, la toujours vitalité créatrice libanaise.

De la Russie au Liban, des Etats-Unis à la France, à l’Europe, que de nombreuses étoiles brillent en cette fin d’année !

Christine Leduc

NEWSLETTER 2ÈME TRIMESTRE 2021

10/06/2021

NEWSLETTER 2ÈME TRIMESTRE 2021

En ce printemps-été 2021, accordons-nous enfin quelques :  - belles échappées -

Sur ces routes, de nombreuses, si nombreuses haltes nous accueillent (expositions, musées, festivals…), que le choix s’avère difficile : heureux tourments !

Hors la très médiatique collection de François Pinault à la Bourse du Commerce de Paris (dont nous avions précédemment parlé – ouverture prévue le 22 mai). Non moins attendue se dévoile :

« LA COLLECTION DE MARTINE ET LEON CLIGMAN » à l’abbaye royale de Fontevraud.
Sur ces murs millénaires, dans les anciennes écuries des mères abbesses, prennent place quelques 900 œuvres des XIXe et XXe siècles, fruits de leur passion : Toulouse Lautrec, Degas, De Vlaminck, Marquet, Van Dongen, Delaunay, Gris, Derain, Marinot… Rodin, Richier, Martine Martine (devrais-je préciser que Martine Cligman, artiste sous le nom de Martine Martine, est la fille de Pierre et Denise Lévy ?). Ce parcours est ponctué d’œuvres extra-occidentales tissant ainsi un fil conducteur tant formel que chromatique.
A noter que la scénographie fut réalisée par la talentueuse designer contemporaine : Constance Guisset.

Arles et sa déjà fameuse Tour Luma. Il s’agit en fait de tout un complexe abritant la FONDATION LUMA, que destine sa présidente, Maja Hoffmann, à de multiples fonctions culturelles, avec, entre autres, lieu d’exposition, de création sur des thématiques telles l’environnement, les droits humains, l’éducation (assortis d’ateliers pédagogiques).
L’audacieuse architecture signée Franck Gehry, avec ses 11.000 panneaux métalliques étincelants (écho aux Alpilles toutes proches ou, se prend-on à rêver, à la nuit étoilée de Van Gogh) se veut traduire toute l’ambition, toute la diversité du projet (ouverture prévue le 26 juin).

Retour au couvent avec un lieu désormais ouvert sur la ville et le XXIe siècle : Les Franciscaines à Deauville. Au sein d’un vaste ensemble, dont on peut admirer la réhabilitation, se tiennent à différentes étages, auditorium, médiathèque, espace multimédia, musée consacré à André Hambourg et à la Normandie vue par Corot, Courbet, Vuillard, espaces d’exposition, dont de photos (Peter Lindbergh - Sarah Moon…). Non sans humour, l’exposition inaugurale s’intitule « SUR LES CHEMINS DU PARADIS ». Plus qu’un programme, une promesse ! Le « chemin » se parcourt en compagnie d’artistes de tous lieux, tous temps : Brueghel de Velours, Maurice Denis, Marc Chagall, Imran Qureshi (artiste pakistanais contemporain) … , de textes tel la Divine Comédie de Dante, de documents, notamment sur les jardins islamiques, témoignant de la prégnance et permanence du thème. A noter de prestigieux prêteurs comme les musées, du Louvre, d’Orsay, de l’Aga Khan ; ainsi que de prestigieux contributeurs comme la rabbin Delphine Horvilleur ou Régis Debray.

Tout près de là, permettons-nous une escapade à la « Villa du Temps retrouvé ».Cabourg devient Balbec sous la plume de Marcel Proust, toile de fond à son œuvre « A la recherche du temps perdu ». La villa, emblématique de l’architecture « Belle Epoque » propose alors une immersion dans l’univers de l’écrivain tant littéraire que picturale (Jacques-Emile Blanche, Eugène Boudin, Claude Monet…), musicale avec Claude Debussy et olfactive semble-t-il (la petite madeleine peut-être ?) A noter : la reconstitution d’une chambre Marcel Proust au musée Carnavalet, musée tout récemment rouvert après 4 ans de rénovation !!

Autres univers immersifs :

Aux Bassins de Lumières de Bordeaux : « MONET, RENOIR… CHAGALL, VOYAGES EN MEDITERRANEE » jusqu’en janvier 2022. Des œuvres de ces artistes (mais aussi de Picasso, Signac, Derain, Vlaminck, Dufy…) projetées sous forme numérique, nous plongent sur ces rives méditerranées. 
Paul Signac est par ailleurs le cœur d’une exposition (œuvres « réelles » cette fois, issues d’une collection particulière) au musée Jacquemart-André, jusqu’au 19 juillet : « SIGNAC, LES HARMONIES COLOREES », accompagné d’autres peintres néo-impressionnistes tels Camille Pissaro, Théo Van Rysselberghe, Henri-Edmond Cross, Maximilien Luce. 

Après les Bassins de Lumières de Bordeaux, les CARRIERES DE LUMIERES DES BAUX DE PROVENCE, carrières qui émerveillèrent tant Jean Cocteau, qu’en 1959, elles furent le lieu de tournage de son film « Le testament d’Orphée » avec notamment Jean Marais. Actuellement et jusqu’en janvier 2022, y sont projetés, en numérique ici : « CEZANNE, MAITRE DE LA PROVENCE » et « VASSILY KANDINSKY, L’ODYSSEE DE L’ABSTRACTION ».

Restons au sud, en Avignon.
Sous le commissariat d’Henri Loyrette, l’artiste peintre d’origine chinoise Yan Pei-ming déploie ses œuvres monumentales dans la Grande Chapelle du Palais des Papes, jusqu’au 31 janvier 2022, avec pour intitulé « TIGRES ET VAUTOURS ». Il a dit-il, pour ambition, d’éprouver « toute la dramaturgie de l’histoire complexe de la présence des papes en Avignon au Moyen-Age » et qui, poursuit-il, « devraient résonner avec le monde tel que nous le vivons aujourd’hui ».
De ses toiles seront également présentées à l’Hôtel de Montfaucon (Collection Lambert) à Avignon.

A Aix en Provence, hôtel de Caumont, Centre d’Art, « ZAO WOO-KI – IL NE FAIT JAMAIS NUIT » jusqu’au 10 octobre 2021. Quelques 80 œuvres de 1935 à 2009 (ZAO WOO-KI, né 1920, arrive à Paris en 1948, décède en 2013), huiles sur toiles, aquarelles, encres de chine sur papier, témoignent de la quête de l’artiste à inventer de nouveaux espaces animés par la lumière, construits par des jeux de masses colorées s’affrontant ou fusionnant ; et cela sous le regard de maîtres tels que Paul Klee ou bien sûr Paul Cézanne auquel ZAO WOO-KI rendra de nombreux hommages picturaux.

Plus au Nord, au Centre Pompidou de Metz, « FACE A ARCIMBOLDO » jusqu’au 22 novembre. L’exposition propose un réjouissant dialogue entre donc Giuseppe ARCIMBOLDO, peintre adoré au XVIe siècle puis longtemps déconsidéré par les historiens de l’art, et des artistes à un moment de leur carrière influencés (influences assumées, inconscientes ou fantasmées ?) par son imaginaire foisonnant tout de fruits, légumes, animaux. Parmi eux, on compte Magritte, Picasso, Bacon, comme Annette Messager, Cindy Sherman, ou les frères Campana (« ébouriffants » designers brésiliens).

Terminons par Paris.

Outre des expositions que nous avions précédemment évoquées (comme au Centre Pompidou et jusqu’au 23 aout : « ELLES FONT L’ABSTRACTION – UNE AUTRE HISTOIRE DE L’ABSTRACTION AU XXe siècle » ou : « PICASSO (1881-1973) – RODIN (1840-1917) », Musée Rodin jusqu’au 2 janvier 2022.

Le charme du petit Musée de Montmartre avec « LE PARIS DE DUFY » jusqu’en septembre.

Mais à Paris, ou partout ailleurs
Où que vous soyez
Quoique vous regardiez, écoutiez,

Je vous souhaite de très - belles échappées -

 

Christine Leduc

NEWSLETTER 4ÈME TRIMESTRE 2020

26/03/2020

NEWSLETTER 4ÈME TRIMESTRE 2020

« Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver ». René Char.

Pourrait-on ainsi le dire de toutes les formes d’art, riches quant à elles, de matières, de formes, de couleurs ?
Laissons-nous donc porter, au-delà des craintes et des incertitudes de notre époque, par quelques propositions de ces rêves d’artistes. Propositions fort nombreuses en cette rentrée, en cause de reconductions, de prolongations, mais aussi de passionnantes nouvelles expositions.

Et couleurs en majesté (en antidote ?) avec MATISSE COMME UN ROMANCentre Pompidoudu 21 octobre 2020 au 22 février 2021
Comme pour Francis Bacon, le Centre Pompidou retisse ce riche dialogue : images et mots. Quelques 230 œuvres de ce magicien des couleurs… et des formes (pensons à ses papiers gouachés, découpés notamment) s’accordant sous la plume, la voix d’écrivains, critiques, poètes tels Clément Greenberg, Pierre Schneider, Mallarmé dont il illustra des poèmes… et Aragon, son ami, rejouant ici du titre de son ouvrage : « Henri Matisse, roman ».
Envoûtement des images, poésie des mots ou poésie des images et envoûtement des mots, à chacun de rêver.

De rêver jusqu’au ciel peut-être ? YVES KLEIN ET SES CONTEMPORAINSCentre Pompidou de Metz, (fêtant ses 10 ans), jusqu’au 1er février 2021.
Au-delà de son iconique Bleu (IKB), nous y découvrons audaces, performances, influences (Fontana, Burri, mouvement Gütai…) et couleurs au pluriel, de celui qui aspirait à :
« signer au dos du ciel » (Yves Klein)
« repousser sans cesse les limites de l’art, et faire du monde entier un espace sensible permettant à l’humain de se reconnecter à l’univers » commente Emma Lavigne, commissaire de l’exposition. Merveilleux projet écologique !

« Le soleil inonde ma toile » annonce un tableau de GERARD FROMANGERMusée des Beaux-Arts de Caen jusqu’au 3 janvier 2021.
Heureuse prolongation qui nous fait (re)découvrir cet artiste (né en 1939), tenant du mouvement « Figuration narrative », conjuguant abstraction et figuration. Sont ainsi révélés le pouvoir, subjectif de la couleur et le pouvoir objectif d’un monde bien présent, vivant, voire contestant, de la rue.


De cette même « Figuration narrative », JACQUES MONORY (1924-2018) – Fondation Maeght jusqu’au 22 novembre 2020. On s’immerge dans un bleu (… mais pas que ! là encore) habillant un imaginaire très cinématographique, souvent proche d’ailleurs d’un film « Noir » américain.

Soleil et Noir associés, précisément, au Louvre Lens : SOLEILS NOIRS jusqu’au 25 janvier 2021. Se référant à l’exposition historique « le Noir est une couleur » à la Galerie Maeght en 1946, ainsi qu’au passé minier de la région Nord, l’exposition en exploite toute la puissance, de l’Antiquité à nos jours. Le Noir se décline tour à tour inquiétant, austère, chez les Régents du Nord au XVIIe siècle, poétique, mystérieux (Redon), avant-gardiste (Malevitch, Kandinsky), « dépassé » (avec l’outre-noir de Pierre Soulages) … « stylé » avec la « petite robe noire » de Jeanne Lanvin. Fascinante couleur, fascinante plongée.

Associé au blanc, le noir se fait photographique. NOIR ET BLANC : une esthétique de la photographie – Grand Palais du 12 novembre 2020 au 4 janvier 2021. 300 emblématiques tirages, XXe siècle, de la BNF, démontrent, si nécessaire, toutes les possibilités (thème, cadrage, lumière), les infinies subtilités de cet art, dans l’œil (mais quel œil !) de Brassaï, Robert Doisneau, Diane Arbus, Helmut Newton, Mario Giacometti, André Kertesz… bien d’autres à découvrir.

Comment alors ne pas évoquer Man Ray (d’ailleurs présent à l’exposition ci-dessus) au Musée du Luxembourg - MAN RAY ET LA MODE jusqu’au 3 janvier 2021. Ses solarisations, surimpressions, collages, son génie se prêtent ici, avec grâce, au monde de la mode (Poiret, Chanel…) et de la publicité avec les revues telles Vogue, Harper’s Bazaar, Vanity Fair.

Mode et photographie et plus, là également avec SARAH MOON (née en 1941), « Passé Présent » au MAM de Paris jusqu’au 10 janvier 2021. Certains se souviendront peut-être de ses campagnes publicitaires pour la marque Cacharel d’une douce et mélancolique poésie. Mais Sarah Moon, par ailleurs, ex-mannequin Haute-Couture, et libérée des contraintes d’un studio, développera une pratique toute personnelle. Elle nous convie aujourd’hui à une « ballade » (selon son terme), sensible dans un univers, des univers, magnétiques, oniriques, étranges, angoissants parfois, tels sont les rêves aussi !

JOSEF KOUDELKA, quant à lui, avec « Ruines » à la Bibliothèque nationale de France jusqu’au 16 décembre 2020, nous transporte de ses tirages panoramiques (sa signature) au-delà du temps et des civilisations, sur les rives de la Méditerranée. Liant tragique et sublime, il trouvera là « ce qui m’est désormais le plus précieux, le mariage de la beauté et de temps ».

Et pour terminer notre panorama photographique, faisons escale à la Fondation Vuitton, avec CINDY SHERMAN jusqu’au 3 janvier 2021. S’y dévoilent de troublants autoportraits, comme autant de métamorphoses (« Rombière », dandy, madone…) questionnant, non sans humour voire autodérision, notre rapport à l’image, aux apparences sociales, aux archétypes. Le regard acéré de Cindy Sherman se prolonge par une sélection d’œuvres choisies au sein de la collection de la Fondation Vuitton.

Où l’on aborde, derrière l’image toujours, mais certes bien différemment, le vaste domaine de l’inconscient : LEON SPILLIAERT (1881-1946) - « Lumière et Solitude » – Musée d’Orsay du 13 octobre 2020 au 10 janvier 2021. Paysages nocturnes, intérieurs désertés, figures fantomatiques, visages-masques ou hagards, hantent l’artiste. Le rêve, évoqué par René Char, se teinte alors d’angoisse voire de cauchemar, au fil d’une palette sombre trouée de fulgurantes lumières.

« Je suis le rêve, je suis l’inspiration » – VICTOR BRAUNER (1903-1966). Importante et bienvenue rétrospective au MAM de Paris jusqu’au 10 janvier 2021. Une inspiration que cet artiste puisera à de multiples sources. C’est une vie d’abord marquée par ses origines roumaines, par la pauvreté (travaillera à une période avec de la bougie fondue, des cailloux, de la ficelle…), par l’antisémitisme, l’exode, mais aussi par ses rencontres au sein du mouvement surréaliste. Et c’est aussi une inspiration nourrie d’une « mythologie » toute personnelle mêlant spiritisme, tarots, kabbale, hiéroglyphes égyptiens, mythes océaniens, mexicains, contes pour enfants…
Au regardeur de faire le tableau (« ce sont les regardeurs qui font le tableau », selon Marcel Duchamp). 

Une figure qui inspira, un temps, les Surréalistes : GIORGIO DE CHIRICO – « La peinture métaphysique » – Musée de l’orangerie jusqu’au 14 décembre 2020. Tout empreint de la philosophie de Nietzsche, de culture antique, Giorgio de Chirico crée (avant un « retour à l’ordre » de source résolument classique) une œuvre silencieuse, interrogative, singulière, révélée par Guillaume Apollinaire en 1913. Pour exemple, ses emblématiques ombres ou « perspective métaphysique, géométrie de l’absurde où les ombres ne coïncident pas avec la théorie des ombres » dira-t-il. Mannequins, éléments insolites porteront plus loin encore dans l’inconscient.

Autre porte ouverte sur son exploration « HYPNOSE » - Musée des Beaux-Arts de Nantes du 15 octobre 2020 au 31 janvier 2021. Sont présentés les liens entre Science, Etudes (du XVIIIe siècle à nos jours avec la place dominante, « fascinante » des écrans) et création. Se croisent ainsi Courbet et Charcot, Freud et Rodin, les surréalistes bien sûr et leurs séances d’hypnose collective, l’art optique, le cinéma de Fritz Lang et son film « Dr Mabuse » (1922 – préfigurant les manipulations des régimes totalitaires). Jusqu’à une vaste installation multimédia de l’artiste contemporain Tony Oursler.

IPOUSTEGUY (1920-2006), ce nom vous est-il connu ? Sculpteur farouchement indépendant, hors des courants du XXe siècle, il abordera les thèmes universels propres à l’Homme avec une grande force expressive. Se révélant puissant, bouleversant, dérangeant parfois, il est présent dans le monde entier de Tokyo, Melbourne à Berlin ; beaucoup dans des espaces publics mais aussi dans de prestigieux musées tels que le Moma, le Guggenheim de New York, le Centre Pompidou à Paris, … et le musée d’Art moderne de Troyes ! 5 expositions lui sont, à ce jour, consacrées, en Meuse où il naquit il y a 100 ans et vécut longtemps, soit Doulcon, Bar le duc, Verdun, et un peu plus loin à Charleville-Mézières et Epinal.

Et pour terminer, musique ! Gitanes, ballerines, arlequins à la guitare, faunes à la flûte de pan… ont accompagné, imprégné l’œuvre de Picasso. Alors avec « les Musiques de Picasso » - Philharmonie de Paris jusqu’au 3 janvier 2021. Laissons-nous emporter en rêve, en rythme, sur les ailes de l’Art…

Christine Leduc